Après la présentation du plan Vision Sénégal 2025, nous avions, dans un article publié dans la presse nationale, émis des réserves sur la possible réalisation des projections de la SND 2025-2029. Nous avions formulé l’hypothèse suivante : si les données relatives à la dette publique sont sous-déclarées, il serait alors extrêmement difficile, voire impossible, d’atteindre les objectifs fixés, notamment un déficit budgétaire de 3 % en 2025 et un ratio dette/PIB de 60,6 % en 2029.
Le dernier communiqué du FMI vient confirmer cette inquiétude. Il indique une sous déclaration de la dette et met donc en évidence une situation économique et budgétaire préoccupante pour le Sénégal. La révision du ratio de la dette de 74,4 % à 111 % en 2023 puis à 118,8 % en 2024, révèle une réalité économique beaucoup plus alarmante. Ce niveau d’endettement, clairement insoutenable à moyen terme, réduit la capacité de l’Etat à financer ses politiques publiques. Le ramener à 60,6 % en quatre ans paraît illusoire si le Sénégal ne devient pas un Etat non providence, misant sur une fiscalité sans exonérations, une baisse drastique des subventions et une compression significative de la masse salariale publique.
Dans ce contexte fragile, la croissance économique de 12,1 % enregistrée au premier trimestre 2025, essentiellement portéepar l’exploitation des hydrocarbures depuis 2024, ne doit pas masquer les faiblesses structurelles. En effet, la croissance hors hydrocarbures est estimée à 3,1 %, soit en deçà de la moyenne de 5,3 % enregistrée entre 2014 et 2023, malgré la pandémie de Covid-19 et les turbulences politiques de 2021-2023. Cela montre que la croissance actuelle reste peu inclusive et très extravertie. Si aucune mesure forte n’est prise pour diversifier l’économie, la situation des ménages, déjà précaire, pourrait s’aggraver. Le secteur privé, étouffé par l’accumulation d’arriérés et un climat d’incertitude, peine à se relancer. Les risques sont réels : montée du chômage, baisse du pouvoir d’achat, contraction des investissements et érosion des recettes fiscales.
Face à cette situation, l’urgence est claire. Les autorités doivent accélérer les réformes de gouvernance, en particulier dans la gestion des finances publiques et de la dette. La transparence doit être totale : publication régulière de données fiables et vérifiables, reprise des bulletins trimestriels sur la dette publique, intégration dans les rapports budgétaires du détail des dépenses de fonctionnement des institutions et démembrements de l’État. C’est une condition essentielle pour restaurer la confiance des citoyens, des marchés financiers et des partenaires au développement.
Parallèlement, la stratégie économique doit être recentrée sur la diversification. L’agriculture modernisée, l’industrie agroalimentaire, l’économie numérique et le tourisme durable représentent des leviers importants pour réduire la dépendance aux hydrocarbures. Le redressement du secteur du BTP doit aussi être une priorité, afin de relancer l’activité et préserver des milliers d’emplois.
Le développement du capital humain doit être au cœur de cette relance. L’investissement dans l’éducation technique et professionnelle, l’appui à l’entrepreneuriat des jeunes et des femmes sont autant de conditions pour une croissance plus inclusive. Les hydrocarbures nous doivent servir de levier à une transformation structurelle de l’économie.
L’heure n’est donc plus aux discours, mais au travail rigoureux et à la recherche active de solutions. Le Sénégal dispose d’atouts considérables. Mais il est impératif d’apaiser le climat social, restaurer la crédibilité budgétaire, maîtriser l’endettement et transformer la croissance actuelle en un moteur partagé par tous les secteurs et toutes les couches sociales. Seule une stratégie fondée sur la discipline, la transparence et l’inclusion permettra de bâtir un Sénégal Souverain, Juste et Prospère.
Dr. Balla KHOUMA
Statisticien Economiste