À quelques jours de l’arrivée d’une délégation du Fonds monétaire international, le Sénégal a versé par anticipation plus de 90 millions de dollars sur ses obligations en devises. Un signal envoyé aux marchés alors que les négociations pour un nouveau programme piétinent.
DAKAR – C’est un geste de bonne foi, calculé. Selon des informations de Bloomberg publiées ce vendredi 5 juin 2026, le Sénégal a procédé au paiement anticipé de deux coupons sur ses euro-obligations, pour un montant total dépassant 90 millions de dollars.
Citant des sources proches du dossier ayant requis l’anonymat, les journalistes Ray Ndlovu et Katarina Hoije précisent que Dakar a versé 53,75 millions d’euros sur ses obligations libellées en euros à échéance 2037, et 38,8 millions de dollars sur ses obligations en dollars à échéance 2031. Les deux échéances n’étaient attendues que la semaine prochaine.
Un calendrier qui parle
Ce remboursement anticipé n’est pas anodin. Il intervient à la veille d’une mission du FMI attendue à Dakar dans les prochains jours. L’objectif : relancer les discussions sur un nouveau programme de financement, au point mort depuis plus d’un an.
Le 22 mai dernier, devant les députés, le ministre des Finances Cheikh Diba avait fixé le cap : trouver un accord sur les « points clés » d’ici le 30 juin. En payant avant l’heure, le Sénégal cherche à démontrer sa crédibilité budgétaire, malgré une dette publique qui culmine à 132 % du PIB selon les dernières estimations.
Premier test pour le gouvernement Lô
Pour le nouveau gouvernement dirigé par le Premier ministre Lô, installé lundi sans la participation de Pastef, c’est un baptême du feu. Ce geste constitue le premier acte économique fort de l’équipe, qui hérite d’un dossier brûlant.
« En honorant ses engagements obligataires avant l’échéance, Dakar adresse un message clair aux créanciers et aux institutions de Bretton Woods : le Sénégal reste un débiteur fiable », analyse un financier dakarois sous couvert d’anonymat.
Reste à savoir si ce signal suffira à débloquer les négociations avec le FMI, dans un contexte politique interne tendu et une pression croissante sur les finances publiques.


