Consolider l’espérance par le travail, la production et les résultats
Par Pape Modou FALL
Président de RAVIE – DËGG MOO WOOR
Le Sénégal traverse une étape importante de son histoire. Le Kiiraay, cette aspiration au changement et à un avenir meilleur, porte une espérance légitime. Mais toute vision doit, à un moment, rencontrer l’épreuve de la réalité. C’est pourquoi, au-delà du Kiiraay, il nous faut davantage de Karangué : le travail, l’effort, la persévérance, la production et la concrétisation. Le Kiiraay donne le cap ; le Karangué construit le chemin.
Notre responsabilité collective est aujourd’hui de consolider les acquis, d’accélérer ce qui doit l’être et de concentrer les efforts nationaux sur l’essentiel. La priorité doit être la relance de l’économie réelle : agriculture, élevage, pêche, artisanat, industrie, commerce, services et numérique. Il faut faciliter l’accès des producteurs, entrepreneurs et PME au financement, aux équipements, à la commande publique et aux marchés. La souveraineté économique doit progressivement devenir une réalité : produire davantage, transformer davantage, consommer davantage local et créer davantage d’emplois.
Cette ambition passe naturellement par l’emploi. Chaque investissement devrait être apprécié aussi à travers sa capacité à créer de l’activité et des emplois ; chaque formation, à travers son adéquation avec les besoins du marché du travail. Pour les jeunes, il faut renforcer la formation professionnelle, l’apprentissage, l’alternance et les métiers d’avenir, notamment dans le numérique, l’agriculture, l’industrie, l’énergie, le bâtiment et les services. Tout jeune ne doit pas nécessairement devenir entrepreneur ; il doit surtout pouvoir devenir un acteur économique pleinement inséré.
Dans cette dynamique, les femmes occupent une place essentielle. Elles sont déjà au cœur de l’économie nationale, mais beaucoup de leurs activités restent fragiles et sous-capitalisées. L’enjeu est de leur permettre de changer d’échelle grâce au financement, à la formation, à la digitalisation et à l’accès aux marchés. De même, le soutien aux ménages vulnérables demeure nécessaire, mais il gagne à s’inscrire dans une logique d’autonomisation : protéger, former, financer, accompagner et permettre de produire.
Cette exigence d’efficacité doit également guider l’investissement public. Dans un contexte où les ressources doivent être utilisées avec rigueur, l’achèvement et la mise en service des infrastructures essentielles doivent rester prioritaires : routes, eau, santé, éducation, assainissement, énergie et infrastructures de production. Achever ce qui est engagé, le rendre fonctionnel et en assurer la maintenance peut parfois être plus utile que multiplier les nouveaux projets. C’est aussi cela, gouverner : hiérarchiser, prioriser et obtenir des résultats.
Cette réflexion ne se veut ni un procès ni une remise en cause de la volonté de transformation du pays. Elle se veut une contribution constructive au débat national. Le Sénégal dispose de compétences, de ressources humaines, d’entrepreneurs, de femmes et de jeunes capables de porter son développement. Il nous appartient de fédérer ces énergies, de valoriser ce qui fonctionne et de corriger, avec responsabilité, ce qui doit l’être.
L’action publique doit ainsi être davantage appréciée à travers des résultats simples et mesurables : emplois créés, entreprises consolidées, femmes autonomisées, jeunes insérés, infrastructures achevées et amélioration des conditions de vie. La critique utile est celle qui ouvre une solution.
Le Sénégal a besoin de vision, mais aussi de travail ; d’espérance, mais aussi de résultats. Le Kiiraay porte l’ambition. Le Karangué la rend concrète.
Concentrons donc notre énergie sur l’essentiel : relancer l’économie réelle, soutenir les ménages, autonomiser les femmes, offrir des perspectives à la jeunesse et finaliser les infrastructures sociales de base.
Il ne s’agit pas de renoncer à nos ambitions, mais de leur donner les moyens de réussir.
Moins de dispersion, plus de concentration.
Moins de promesses, plus d’exécution.
Plus de travail, plus de production, plus d’emplois.
Au-delà du Kiiraay, faisons vivre le Karangué.
C’est par le travail, l’unité et l’action collective que l’espérance deviendra progrès.


