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Le droit d’insulter ne figure pas parmi les libertés, notamment d’expression ou d’opinion, garanties par la constitution (Par Demba Thioune)

En effet, le droit d’insulter ne figure pas parmi les libertés, notamment d’expression, garanties par la Constitution, même si l’insulte tend à se banaliser dans les habitudes citoyennes et politiques tolérées, tant qu’elles ne s’adressent pas aux autorités religieuses, détentrices de fatwas expéditrices sans autre forme de procès. La loi de la République n’est pas apparemment toujours la meilleure. La volonté du Sage tend malheureusement à s’effacer derrière la témérité de l’insulteur de la République qui se croît dans une République des insulteurs.   

Aujourd’hui, de l’arène politique à l’arène médiatique ou numérique, l’injure se pratique de manière plus libre. L’injure n’est pas seulement le fait de citoyens marginaux isolés et non maîtrisables abusant de manière inadéquate, excessive et indécente de leur « liberté d’expression » qui peut occasionner du tort ou de la nuisance du fait de sa gravité. Elle est présente à l’Assemblée nationale, lieu par excellence du débat républicain et démocratique. Elle est aussi le fait de députés du peuple, de ministres de la République, de personnalités politiques, marabouts, artistes, comédiens et célébrités dont les « dérives langagières » sont reprises, diffusées et partagées sur les réseaux sociaux. Le recours à ce vocabulaire « injurieux » n’est pas toujours le résultat de leurs confrontations et désaccords politiques. Insulter devient une mode et même d’une planification partisane pour préserver ou discréditer l’image du pouvoir et à l’inverse de l’opposition. Il ne faut pourtant pas y voir le résultat d’un processus de politisation négative ou une vertu participative et délibérative susceptible d’éclairer les opinions. L’insulte ne nous apprend rien de nouveau ni de plus sur ce que nous savions déjà. Et pourtant l’État a tous les moyens d’arrêter les insulteurs du Net, comme tous les pays modernes.  Il peut les traquer à travers ses services, les conduire vers les tribunaux, les juger et les condamner pour avoir transgressé la loi. L’État doit mettre de l’ordre pour mettre fin au désordre. Pour la paix, la sécurité et la sûreté, cela ne peut et ne doit pas continuer. L’État doit imposer son autorité en vue de mettre fin à toutes ces dérives. Sinon ce serait de laisser s’installer le désordre dans le pays au nom d’une prétendue liberté incomprise ou mal usée par certains citoyens. Le mot d’ordre doit rester et être : « Personne ne va attenter à la liberté des gens ». Que d’aucuns l’associent à une menace de la liberté des gens même si n’étant pas vrai, il faut l’assumer. Car, il y va de la responsabilité de l’État de ne laisser personne abuser de cette liberté pour d’attenter aux droits ou à la dignité d’autrui ou de saper la cohésion sociale et la stabilité institutionnelle nationale. La liberté passe par le respect, la dignité des citoyens, l’honneur des citoyens. 

Ces médias qui sponsorisent les insultes et bénissent les insulteurs !

Derrière nombre de quotidiens, de journaux de chaînes de radios ou de télévisions, de presses en ligne se trouvent des chefs de partis ou de mouvements qui ne cachent pas leur positionnement et leurs ambitions politiques. Tantôt, leurs patrons les utilisent comme des moyens de pression sur l’État ou d’opposition contre le régime. L’insulte se présente pour eux comme un outil de soutien, de contestation, d’expression de la colère, d’un mécontentement ou d’une frustration. Insulter devient ainsi un moyen de faire entendre en pratiquant le militantisme par l’insulte. D’autres animent ou participent à des émissions télévisées quotidiennement pour tenir des allégations outrageantes dans l’intention de blesser ou de l’offenser. Ce qui est, davantage, grave et inacceptable. Assumer l’insulte puis oser défier la loi rien pour des capsules pour la tiktokisation du buzz est une bêtise dans une République. 

L’insulte assumé ou anonyme se présente faussement comme un argument plus éloquent que la courtoisie au regard du nombre de vues, de likes et de commentaires par un rapport par exemple à un pertinent article universitaire, journalistique ou militant dûment signé et publié. L’insulte au regard du résultat qu’il produit sur le champ de la communication politique n’est apparemment pas contre-productive. Choisi comme moyen de dénonciation des abus et scandales du pouvoir en place ou de neutralisation l’opposition, l’insulte s’accommode tant bien que mal à la démocratie.

Internet: Le monde réel à la merci du monde virtuel qui répand à haut débit la tromperie, le populisme, le radicalisme, la haine et la violence. Ces pratiques malsaines ne peuvent relever aucunement de la liberté d’opinion ou d’expression

Pour rappel, le régime de Macky Sall détient le record du président le plus insulté de l’histoire politique du Sénégal ( plus que Wade , Diouf et Senghor). Depuis son élection à la tête du pays, le chef de l’état est victime d’insultes jusqu’à son départ du Sénégal le 02 avril 2024. Et même opposant, avec son statut d’ancien Chef d’Etat, il en reçoit au quotidien. Si on arrête pas cette vague d’insanités, ce régime actuel du Président Bassirou Diomaye Faye risque d’atteindre le summum. Les exemples sont bien visibles. Des Politiciens déjà envoyés en prison, pour des insultes ou propos contraires aux bonnes mœurs ont négativement inspiré d’autres jeunes qui, poussés par l’accès facile aux réseaux sociaux, n’hésitent pas à déverser leur colère contre le président, le premier ministre, le gouvernement ou sur d’honnêtes citoyens. Ce phénomène inquiétant  qui mérite réflexion. Parce que l’autorité étant une institution, la moindre des choses  est de pouvoir véhiculer un minimum de respect sinon que l’autorité judiciaire instaure l’ordre légal. Mais si certains sénégalais se permettent aujourd’hui d’insulter publiquement c’est parce que la sanction est peut-être peu sévère. En démocratie, il faut savoir polémiquer sans être insultant. Ce requiert un tact réservé aux grands rhéteurs et polémistes qui savent tuer verbalement l’adversaire par de petites phrases assassines, sans être vulgaire ni grossier. 

Enfin, la classe politique, cible privilégiée des insulteurs, n’est apparemment pas totalement désorientée. Elle semble désormais être décidée à vivre avec le virus de l’injure. Elle adopte la stratégie de l’indifférence discursive qui fait que le silence devient comme un refuge et un moyen de faire oublier ; de se faire oublier pour faire taire.

Par Demba THIOUNE, Journaliste/ Analyste Politique, Passionné des Sciences Juridiques et Politiques

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