Au Burkina Faso, le mot souveraineté est devenu l’argument qui répond à tout. Dès qu’une organisation internationale exprime une inquiétude ou formule une critique, la réaction est presque automatique : on dénonce une ingérence, on rejette les observations et on ferme la porte au dialogue. La possible fermeture du bureau des Nations Unies aux droits de l’Homme s’inscrit dans cette logique.
Personne ne conteste qu’un État a le droit de défendre sa souveraineté. C’est un principe fondamental. Mais la souveraineté ne signifie pas que l’on peut s’affranchir de tout regard extérieur, surtout lorsque l’on a volontairement adhéré à des conventions et à des organisations internationales.
À force de considérer chaque critique comme une attaque contre la nation, on finit par confondre le pouvoir avec le pays. Or, critiquer un gouvernement n’est pas forcément s’opposer au Burkina Faso. C’est parfois rappeler des engagements librement acceptés.
Le contexte sécuritaire est extrêmement difficile, personne ne peut le nier. Le pays mène une guerre contre le terrorisme qui exige des décisions fortes. Mais cette réalité ne doit pas conduire à faire des droits humains une question secondaire ou à présenter toute voix discordante comme un ennemi.
Une nation forte n’a pas peur des critiques. Elle y répond par des résultats, par la transparence et par la force de ses institutions. Fermer les espaces de dialogue donne rarement l’image d’un État sûr de lui. Cela nourrit au contraire le doute.
Le souverainisme est légitime lorsqu’il protège les intérêts d’un peuple. Il devient préoccupant lorsqu’il sert à écarter toute remise en question. Défendre son indépendance ne devrait jamais signifier refuser toute contradiction.
La grandeur d’un État ne se mesure pas au nombre de portes qu’il ferme, mais à sa capacité à rester debout face aux critiques, à dialoguer et à convaincre. C’est cette souveraineté-là qui inspire le respect.
Mamadou Cissé


