L’affaire, dont les premières ramifications ont été mises au jour en France avant de conduire les enquêteurs jusqu’au Sénégal, franchit une nouvelle étape judiciaire. Selon Libération, le doyen des juges a ordonné le renvoi devant la Chambre criminelle de l’ensemble des personnes mises en examen dans le dossier présenté comme celui des « formateurs au sexe ».
Parmi les personnes citées dans la procédure figurent notamment Pierre Robert, Amath Lô, Malick Sène Guèye, Birame Senghor, Babacar Diallo, Aliou Goudiaby, Moussa Ba, Abdou Lakram Gaye, Jules Ibrahima Tavares, Serigne Dame Mbom, Mamadou Badiane, Seydou Sangharé, Abdoulaye Sall Dieng et Papis Danfa, ainsi qu’un autre homme mentionné dans le dossier.
De lourdes accusations
D’après les informations rapportées par Libération, plusieurs qualifications pénales particulièrement graves figurent dans la procédure : association de malfaiteurs, traite d’êtres humains en bande organisée, proxénétisme en bande organisée, viol sur mineur, actes de pédophilie, actes contre nature, détention et usage de drogue, ainsi que d’autres infractions mentionnées dans le dossier.
La procédure aurait également comporté des accusations relatives à la transmission volontaire du VIH/Sida. Il appartiendra toutefois à la juridiction de jugement de déterminer précisément les charges maintenues contre chacun des accusés et d’apprécier les éléments de preuve produits à leur encontre.
Une enquête partie de France
L’origine de l’affaire se trouve en France, où des investigations auraient permis aux enquêteurs de mettre au jour l’existence présumée d’un réseau dans lequel Pierre Robert apparaît comme un personnage central.
Selon les éléments relatés par le journal, les investigations françaises se seraient notamment intéressées à la situation de mineurs âgés de 3 à 15 ans, dont certains seraient issus de familles particulièrement défavorisées.
C’est dans ce contexte qu’apparaît l’expression de « formateurs sexuels ». Certaines personnes étaient soupçonnées d’avoir eu pour rôle de préparer de jeunes garçons à des pratiques sexuelles destinées, selon l’enquête, à des clients homosexuels de Pierre Robert.
Ces accusations, d’une extrême gravité, restent à établir judiciairement lors du procès. Les personnes renvoyées devant la Chambre criminelle demeurent présumées innocentes tant qu’une décision définitive n’a pas établi leur culpabilité.
Les téléphones ouvrent la piste sénégalaise
L’exploitation de téléphones portables aurait constitué un tournant dans les investigations. L’analyse de communications et d’échanges aurait permis aux enquêteurs de remonter jusqu’à plusieurs personnes établies au Sénégal.
Une commission rogatoire internationale aurait alors permis de prolonger les investigations sur le territoire sénégalais. Plusieurs suspects ont été identifiés puis interpellés.
Des perquisitions ont également été menées. Des téléphones portables ainsi que divers objets auraient été saisis chez certains suspects avant d’être versés au dossier de l’instruction.
Pierre Robert au cœur de l’instruction
Le parcours et les relations de Pierre Robert occupent une place importante dans la procédure. Celui-ci aurait vécu au Sénégal et entretenu des liens avec plusieurs des personnes aujourd’hui renvoyées devant la Chambre criminelle.
Au cours de leurs auditions, plusieurs mis en cause auraient reconnu avoir connu ou fréquenté Pierre Robert, tout en contestant leur participation à un quelconque système organisé d’exploitation sexuelle.
Malick Sène Guèye a notamment été interrogé sur la nature de ses rapports avec Pierre Robert. Les enquêteurs se seraient intéressés à leurs échanges, tandis que le mis en cause aurait cherché à distinguer ses relations personnelles de toute activité criminelle organisée.
Amath Lô aurait également été confronté à des éléments provenant de l’exploitation de données téléphoniques. Des échanges attribués à Pierre Robert, dont certains porteraient sur des rencontres à caractère sexuel, auraient été examinés au cours de l’enquête.
D’autres personnes citées dans le dossier, notamment Birame Senghor, Moussa Ba, Seydou Sangharé et Jules Ibrahima Tavares, ont également été interrogées sur leurs liens présumés avec Pierre Robert ou avec d’autres protagonistes de l’affaire.
Certains mis en cause auraient reconnu avoir entretenu des relations sexuelles avec des hommes, tout en contestant catégoriquement toute implication dans des actes concernant des mineurs ou dans le système d’exploitation sexuelle décrit par les enquêteurs.
Pierre Robert aurait, de son côté, reconnu certains faits ou certaines relations tout en contestant d’autres accusations, notamment celles impliquant des mineurs.
Des transferts d’argent examinés
L’enquête s’est également intéressée à des transferts d’argent effectués via Western Union entre Pierre Robert et certains protagonistes.
Ces opérations financières ont fait l’objet d’interrogations au cours de l’instruction. Les personnes concernées auraient fourni différentes explications sur l’origine, la destination et la justification de ces sommes. Là encore, leur éventuel lien avec les infractions poursuivies devra être apprécié lors des débats devant la juridiction compétente.
La Chambre criminelle appelée à trancher
Après l’enquête, les auditions, les perquisitions, l’exploitation des téléphones et l’examen des différents éléments versés à la procédure, le doyen des juges a estimé que le dossier devait être soumis à une juridiction de jugement.
Le renvoi devant la Chambre criminelle ne constitue toutefois pas une déclaration de culpabilité. Il signifie que les éléments retenus au terme de l’instruction seront désormais débattus contradictoirement devant la juridiction appelée à statuer.
Le procès devrait ainsi permettre de confronter les accusations aux arguments de la défense, mais aussi d’examiner la valeur juridique des éléments issus de la téléphonie, des transferts financiers et des autres pièces versées au dossier.
Après une instruction aux ramifications internationales, l’affaire dite des « formateurs au sexe » s’apprête donc à entrer dans une phase décisive : celle du procès.


