Le Sénégal traverse une période de tensions financières inédites. Sa dette publique, initialement estimée à 99,7% du PIB fin 2023, a été réévaluée à 132% fin 2025. Dans ce contexte, la question de la dette vis-à-vis de la Chine, qui a atteint 3,6 milliards de dollars en 2025, nous amène à nous interroger. Celle-ci est-elle une vitrine du développement ou un piège créant une dépendance ?
Des prêts pour des besoins réels…
La Chine est devenue le premier créancier du Sénégal, octroyant des prêts concessionnels pour réaliser des travaux répondant à des besoins concrets tels que l’assainissement d’eaux usées, le forage de puits en milieux ruraux ou encore des travaux routiers. Parmi ceux-ci : 2024: un prêt de 85 millions de dollars accordé par la China Exim Bank ; 2023 : trois prêts pour un montant minimum de 499,7 millions de dollars par Africa Growing Together Fund, China Exim Bank et China Development Bank ; 2022 : deux prêts pour un montant minimum de 478,7 millions de dollars par le Gouvernement de la République Populaire de Chine et la Chinese Development Bank ; 2021 : 1,06 milliards de dollars prêtés par China Exim Bank, China Development Bank, Bank of China Limited et la Banque d’Import-Export chinoise.
Mais ces emprunts ont été mis dans des projets réalisés par des entreprises chinoises
Si de prime abord, ces prêts paraissent vertueux car répondant à un réel besoin sénégalais, ces derniers cachent une réalité toute autre. Souvent, les entreprises réalisant ces travaux sont chinoises et réalisent des chiffres d’affaires élevés : 2024 : 722 millions de dollars ; 2023 : 858 millions de dollars ; 2022 : 780,2 millions de dollars ; 2021 : 824,6 millions de dollars.
Pékin finance, ses entreprises exécutent, puis le Sénégal rembourse. En clair : cette boucle crée une asymétrie durable. Le problème n’est pas que le Sénégal emprunte, car un pays en développement a besoin de capitaux pour bâtir ses infrastructures, mais c’est la concentration progressive de ces financements auprès d’un partenaire puissant, capable de prêter, de construire, d’investir et d’influencer, qui pose un réel souci au pays.
Cette situation questionne : le Sénégal doit-il continuer à s’endetter vis-à-vis de la Chine ?


