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Attention : les priorités du Sénégal sont ailleurs ( Par Dr Balla Khouma, économiste statisticien)

Le Sénégal traverse aujourd’hui une période de fortes turbulences institutionnelles qui ne peut laisser indifférent aucun citoyen attaché à la stabilité de notre démocratie. Alors que la majorité parlementaire est issue du même camp politique que la majorité présidentielle, nous assistons à une situation pour le moins paradoxale : une proposition de loi de révision est portée par cette majorité parlementaire, tandis que les amendements présentés par le Gouvernement sont systématiquement rejetés. Dans le même temps, le Président de la République choisit de soumettre la question au référendum.

Cette succession d’événements donne l’impression d’une lutte de positionnement politique au sommet de l’Etat. Pourtant, dans cette confrontation, il n’y aura ni vainqueur ni gagnant. Le seul véritable perdant sera le peuple sénégalais.

Pendant que les institutions semblent engagées dans un bras de fer, les préoccupations quotidiennes des Sénégalaises et des Sénégalais demeurent entières. Notre pays fait face à une situation économique particulièrement préoccupante. La dette publique continue de s’alourdir tandis que les échéances de remboursement deviennent toujours plus rapprochées et plus exigeantes. Cette réalité réduit les marges de manœuvre budgétaires de l’Etat au moment même où les besoins sociaux sont immenses.

A cette pression financière s’ajoute une montée persistante du chômage, particulièrement chez les jeunes. Des milliers de diplômés et de travailleurs peinent à trouver des perspectives d’emploi, alimentant le découragement, l’incertitude et parfois l’exil par la mer avec ses nombreuses conséquences drastiques.

Dans quelques semaines, l’hivernage s’installera avec son lot d’inquiétudes. De nombreuses familles redoutent déjà de revivre le calvaire des inondations, devenues récurrentes dans plusieurs localités du pays. Pour ces populations, l’urgence n’est pas une réforme constitutionnelle, encore moins une bataille institutionnelle. L’urgence, c’est l’accès à des infrastructures adaptées, à un emploi digne, à une meilleure prise en charge sanitaire, à une éducation de qualité et à un pouvoir d’achat préservé.

Le Président de la République, qui a bénéficié de la confiance de plus de 54 % des électeurs, porte un immense espoir. Cette légitimité démocratique lui confère également une responsabilité historique : celle de rassembler les institutions autour de l’intérêt général et de mettre un terme à toute dynamique susceptible d’affaiblir l’action publique. Le temps des postures doit désormais céder la place à celui des solutions.

Le climat politique actuel révèle également une inquiétante dégradation de nos pratiques républicaines. Après avoir vu deux députés frapper l’une de leurs collègues sous les yeux du pays tout entier, un député arracher les micros de l’hémicycle, un autre monter sur les tables pour empêcher le déroulement normal d’un vote en confisquant une urne, nous avons assisté, pour la première fois dans notre histoire parlementaire récente, à des députés tentant de déplacer de force l’un de leurs collègues du pupitre.

De telles scènes sont indignes d’une démocratie qui s’est longtemps distinguée par la qualité de ses débats parlementaires et le respect de ses institutions. Le désaccord politique est légitime. La violence, l’intimidation et la contrainte physique ne le seront jamais.

Ainsi, le Sénégal semble entrer dans une phase préoccupante de désacralisation de ses institutions. A force de banaliser ces entorses aux usages républicains, nous risquons d’affaiblir durablement la confiance des citoyens envers leurs institutions. Or aucune démocratie ne peut prospérer lorsque ceux qui incarnent la République contribuent eux-mêmes à en éroder l’autorité.

Aujourd’hui, les Sénégalais attendent de leurs dirigeants des réponses concrètes à leurs difficultés quotidiennes. Ils attendent des solutions face à la vie chère, au chômage, à l’endettement public, aux difficultés de financement de l’économie, aux risques d’inondations qui accompagnent chaque hivernage ainsi qu’aux défis de l’éducation, de la santé et du pouvoir d’achat. Ils n’attendent ni démonstrations de force ni rivalités institutionnelles.

Enfin, tous ceux qui, entre 2021 et 2024, ont régulièrement pris la plume pour défendre les principes de la République, de l’Etat de droit et de la démocratie doivent aujourd’hui retrouver leur voix. La République a aujourd’hui tout autant besoin de leur vigilance. Les principes démocratiques ne sauraient être défendus à géométrie variable. Ils ne changent pas au gré des alternances politiques. Le silence ne peut devenir une posture lorsque les faits concernent ceux que l’on soutient.

Il est temps que ces voix républicaines se fassent de nouveau entendre. Non pour défendre un camp contre un autre, mais pour défendre les institutions contre leur affaiblissement. La cohérence est la première exigence de toute conscience démocratique.

La République n’appartient ni à une majorité, ni à une opposition. Elle appartient à tous les Sénégalais. Et c’est précisément parce qu’elle appartient à tous que chacun a le devoir de la protéger, quels que soient les dirigeants en place. Car au-delà des alternances politiques, ce sont nos institutions qui garantissent la stabilité de notre Nation, la confiance des citoyens et les conditions de notre développement. Le Sénégal mérite mieux que des querelles de pouvoir. Il mérite des institutions fortes, des responsables à la hauteur de leurs charges et une action publique entièrement tournée vers les véritables priorités du peuple.

Vive la République !!!

Dr. Balla KHOUMA

Statisticien Economiste

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