Le déplacement du président Bassirou Diomaye Faye à Washington, suivi d’une étape à Abu Dhabi, dépasse largement le cadre diplomatique. Pour l’économiste-statisticien Babacar Gaye, Directeur général du cabinet Gaye & Associés Consulting (GAC), cette séquence s’inscrit au cœur de la stratégie sénégalaise de traitement de la dette et de recherche de nouvelles sources de financement.
Dans une tribune économique datée du 15 septembre 2026, Babacar Gaye estime que le voyage du chef de l’État intervient à un moment déterminant pour les finances publiques sénégalaises. Il résume l’enjeu par une formule forte : « négocier qui va payer la facture de la dette cachée du Sénégal ».
L’économiste revient notamment sur l’accord conclu au niveau des services entre le Sénégal et le FMI le 1er septembre. Le programme envisagé porte sur environ 2,2 milliards de dollars sur trois ans, soit 1 537,1 millions de DTS. Il doit encore franchir plusieurs étapes avant son approbation définitive, notamment l’examen par la direction et le Conseil d’administration du FMI.
Dans ce contexte, la rencontre entre Bassirou Diomaye Faye et la Directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, revêt, selon Babacar Gaye, une importance essentiellement politique et diplomatique. Les paramètres techniques du programme ayant déjà fait l’objet d’un accord au niveau des services, l’enjeu serait désormais de conforter le processus devant conduire à son approbation.
Une dette qui impose de diversifier les financements
Babacar Gaye insiste également sur l’ampleur des besoins de financement du Sénégal. Selon son analyse, le programme du FMI ne peut, à lui seul, répondre aux besoins budgétaires du pays. Il doit surtout servir de levier de crédibilité susceptible de faciliter le retour d’autres partenaires financiers et investisseurs.
C’est dans cette logique qu’il replace les rencontres économiques organisées à Washington ainsi que l’étape d’Abu Dhabi. Il cite notamment l’annonce d’un investissement de 300 millions de dollars de Cybastion dans les domaines de la digitalisation et de la cybersécurité, tout en appelant à surveiller la transformation effective de ces annonces en investissements réels.
L’économiste considère également que la stratégie de l’État vise à préserver le marché financier régional de l’UEMOA tout en recherchant, à l’extérieur, des mécanismes permettant de traiter le poids de la dette extérieure.
Trois indicateurs à surveiller
Babacar Gaye identifie trois éléments qui permettront, selon lui, d’évaluer concrètement les résultats de cette diplomatie financière : l’inscription effective du dossier sénégalais à l’ordre du jour du Conseil d’administration du FMI, la matérialisation des investissements annoncés et la compatibilité entre les exigences de transparence du FMI et les nouveaux partenariats recherchés, notamment à Abu Dhabi.
Pour l’économiste-statisticien, le Sénégal tente ainsi de passer d’une gestion subie de la crise de la dette à une stratégie plus structurée combinant assainissement budgétaire, négociations avec les partenaires internationaux, préservation du marché régional et diversification des investissements étrangers.
Une équation financière complexe dont les prochaines semaines devraient permettre de mesurer les premiers résultats concrets.


