Le ministère de l’Énergie et du Pétrole a réagi à la polémique suscitée par le protocole d’accord récemment conclu entre l’État du Sénégal et la société Eni. Alors que des publications sur les réseaux sociaux, notamment celle de l’ancien directeur général de PETROSEN Alioune Guèye, soutiennent que le périmètre gazier Yakaar-Teranga serait concerné, le département ministériel oppose un démenti formel. Selon lui, Yakaar-Teranga est désormais référencé SN08M et ne figure pas parmi les cinq blocs visés par le protocole.
La controverse autour de Yakaar-Teranga prend une nouvelle tournure. Après les interrogations suscitées par la signature d’un protocole d’accord entre le Sénégal et Eni portant sur plusieurs zones offshore, le ministère de l’Énergie et du Pétrole est sorti de sa réserve pour apporter des précisions.
Dans un communiqué, le ministère indique avoir pris connaissance de publications laissant entendre que le champ gazier Yakaar-Teranga serait inclus dans l’accord avec le groupe italien. Il juge ces affirmations « totalement inexactes » et soutient qu’elles ne reposent sur « aucune réalité technique ou juridique ».
Cinq blocs concernés par les études d’Eni
Selon le ministère, le protocole porte exclusivement sur l’évaluation du potentiel pétrolier et gazier de cinq blocs offshore : SN01M – Saint-Louis Offshore Shallow (SLOS), SN02M – Cayar Offshore Shallow (COS), SN03M – Rufisque Offshore (RO), SN07M – Saint-Louis Offshore Profond (SLOP2) et SN40M – Sénégal Offshore Sud Profond (SOSP).
Le département dirigé par El Hadji Abdourahmane Diouf affirme qu’aucun de ces cinq blocs ne correspond au périmètre abritant les découvertes de Yakaar et Teranga.
Cette précision répond directement à l’un des principaux arguments avancés dans la polémique. L’ancien DG de PETROSEN, Alioune Guèye, avait notamment soutenu dans une publication sur Facebook que le bloc SN07M visé par le protocole correspondait à Yakaar-Teranga.
« Yakaar-Teranga est identifié sous la référence SN08M »
Le ministère apporte sur ce point une précision qu’il présente comme déterminante. Dans le nouveau découpage du domaine pétrolier national, explique-t-il, « le périmètre concerné par les découvertes de Yakaar et Teranga est identifié sous la référence SN08M ».
Or, SN08M ne figure pas dans la liste des cinq blocs concernés par le protocole conclu avec Eni.
Le ministère conteste également la carte utilisée dans certaines publications pour établir un lien entre SN07M et Yakaar-Teranga. Selon lui, il s’agit d’« une version de travail obsolète », qui ne reflète pas la configuration définitive du domaine pétrolier.
La controverse porte donc notamment sur la nomenclature des blocs : les critiques se fondent sur une cartographie que le ministère considère comme ancienne, tandis que l’administration affirme que le découpage actuellement applicable classe Yakaar-Teranga sous la référence SN08M.
Le protocole avec Eni ne serait pas un contrat pétrolier
Autre clarification apportée par les autorités : la nature juridique du document signé avec Eni.
Le ministère souligne que le protocole « n’est pas un contrat pétrolier » et qu’il n’entraîne l’attribution d’aucun bloc à la compagnie italienne.
Selon le communiqué, Eni est autorisée à réaliser, à ses propres frais, des études préliminaires géologiques et géophysiques sur les cinq zones identifiées.
Le département précise que le protocole ne confère à la société aucun titre d’exploration ou d’exploitation, aucun droit sur les ressources concernées et aucun droit automatique à la conclusion ultérieure d’un contrat pétrolier.
Une éventuelle étape ultérieure devrait, assure le ministère, respecter les procédures de négociation et d’approbation prévues par la législation sénégalaise.
Le ministère répond aux accusations de « bradage »
Ces explications constituent une réponse directe aux accusations formulées ces derniers jours autour de la gestion de Yakaar-Teranga.
Pour le ministère, parler de « bradage de Yakaar-Teranga » dans le cadre de ce protocole repose sur deux prémisses qu’il conteste : Yakaar-Teranga ne ferait pas partie des blocs concernés et le protocole n’attribuerait aucun droit pétrolier à Eni.
Le département appelle ainsi les différents acteurs à la « responsabilité » et met en garde contre la diffusion d’informations qu’il considère comme susceptibles d’entretenir la confusion sur la gestion des ressources pétrolières et gazières du Sénégal.
Un débat désormais centré sur la cartographie des blocs
La mise au point gouvernementale déplace désormais le débat vers un élément vérifiable : la nomenclature officielle et actuelle du domaine pétrolier sénégalais.
D’un côté, Alioune Guèye soutientait que SN07M correspondait à Yakaar-Teranga et s’interrogeait sur l’opportunité d’intégrer ce périmètre aux discussions avec Eni. De l’autre, le ministère affirme que SN07M correspond à Saint-Louis Offshore Profond 2 et que Yakaar-Teranga porte désormais la référence SN08M.
Le ministère annonce enfin qu’il poursuivra, avec PETROSEN et les autres institutions compétentes, sa politique de promotion du bassin sédimentaire, de relance de l’exploration et de valorisation des ressources nationales.
Après l’accusation de « bradage » et le démenti officiel, la publication de la cartographie définitive du domaine pétrolier et des références administratives correspondantes pourrait constituer un élément central pour documenter cette controverse.


