La controverse autour du protocole d’accord conclu entre le Sénégal et Eni connaît un nouveau développement. Après le démenti du ministère de l’Énergie et du Pétrole, qui affirme que Yakaar-Teranga n’est pas concerné par les cinq blocs visés, l’ancien directeur général de PETROSEN, Alioune Guèye, maintient sa position. Dans une nouvelle publication sur Facebook, il invoque les décrets de 2024 et 2026 et soutient que la nomenclature et les coordonnées officielles contredisent la version du ministère. Une divergence technique et juridique qui porte désormais sur l’identification même du périmètre de Yakaar-Teranga.
Le bras de fer documentaire se poursuit autour de Yakaar-Teranga. Quelques heures après la mise au point du ministère de l’Énergie et du Pétrole, Alioune Guèye, ancien directeur général de PETROSEN, revient à la charge avec de nouveaux arguments.
Le ministère avait affirmé que les informations associant Yakaar-Teranga au protocole conclu avec Eni étaient « totalement inexactes ». Selon sa version, le protocole porte sur cinq blocs — SN01M, SN02M, SN03M, SN07M et SN40M — tandis que le périmètre des découvertes de Yakaar et Teranga serait désormais identifié sous la référence SN08M. Le département ministériel affirme également que SN07M correspond à Saint-Louis Offshore Profond 2.
Alioune Guèye brandit le décret n°2026-680
Dans sa réplique, Alioune Guèye déplace le débat sur le terrain des textes officiels.
L’ancien patron de PETROSEN cite le décret n°2026-680 du 18 mars 2026, relatif, selon lui, au découpage et à la nomenclature des blocs du domaine pétrolier. Il affirme que l’article 4 du texte renvoie expressément à une annexe contenant la liste et la nomenclature des blocs.
Selon l’interprétation qu’en fait Alioune Guèye, cette annexe ne pourrait donc pas être assimilée à une simple « version de travail obsolète », contrairement à l’explication donnée par le ministère à propos de la cartographie utilisée pour soutenir les premières accusations.
L’ancien DG affirme que cette annexe identifie SN07 (COP-1) comme un bloc maritime de 3 181 km² et associe l’acronyme COP à Cayar Offshore Profond, périmètre historiquement lié aux découvertes Yakaar et Teranga.
Sur ce dernier point, un document officiel de l’ITIE Sénégal consacré aux titres pétroliers confirme qu’en 2024, le contrat concernant l’évaluation des découvertes Yakaar et Teranga était relatif au bloc Cayar Offshore Profond (COP). Le document cite expressément le décret n°2024-713 du 13 mars 2024.
La bataille se joue aussi sur les coordonnées géographiques
Alioune Guèye va plus loin. Il affirme avoir comparé les coordonnées géographiques attribuées à SN07M (COP-1) dans les documents de 2026 avec celles du périmètre de Yakaar-Teranga figurant dans le décret n°2024-713 du 13 mars 2024.
Selon lui, les cinq sommets délimitant les deux périmètres présenteraient une correspondance géographique à moins de deux kilomètres près.
L’ancien DG en déduit qu’il ne s’agirait pas d’une simple similitude de dénomination mais d’une quasi-identité géométrique des périmètres.
Cette conclusion constitue toutefois, à ce stade, l’analyse défendue par Alioune Guèye. Les sources publiques consultées confirment que le décret n°2024-713 concernait bien le bloc Cayar Offshore Profond et les découvertes Yakaar-Teranga, mais elles ne permettent pas, à elles seules, de valider indépendamment la comparaison complète des coordonnées qu’il avance.
SN07M ou SN08M : deux versions désormais face à face
C’est donc une contradiction apparente entre documents et interprétations qui se retrouve au centre de la polémique.
Le ministère soutient que, dans le nouveau découpage du domaine pétrolier national, Yakaar-Teranga est identifié sous la référence SN08M et que SN07M correspond à Saint-Louis Offshore Profond 2. Il affirme par conséquent qu’aucun des cinq blocs visés par le protocole avec Eni ne recouvre le périmètre des découvertes.
Alioune Guèye oppose à cette version les annexes qu’il attribue au décret n°2026-680 et les coordonnées du décret de 2024. Pour lui, ces documents montreraient au contraire une continuité entre Cayar Offshore Profond, Yakaar-Teranga et SN07M.
« Le communiqué du Ministre se dément lui-même », conclut-il dans sa publication.
Le protocole avec Eni, autre point de divergence
La controverse ne doit toutefois pas être confondue avec une attribution effective d’un permis pétrolier à Eni.
Sur ce point, le ministère précise que le document signé avec la compagnie italienne est un protocole d’accord portant sur des études préliminaires géologiques et géophysiques, réalisées aux frais d’Eni. Selon le communiqué, il ne confère à la société ni titre d’exploration ou d’exploitation, ni droit sur les ressources, ni droit automatique à l’obtention ultérieure d’un contrat pétrolier.
La contestation d’Alioune Guèye porte donc d’abord sur une question en amont : Yakaar-Teranga se trouve-t-il ou non dans l’un des périmètres concernés par ces études ?
Une clarification documentaire désormais attendue
Cette nouvelle sortie transforme la polémique en véritable bataille de documents. Le point central n’est plus seulement de savoir ce que prévoit le protocole avec Eni, mais d’établir la correspondance exacte entre l’ancien bloc Cayar Offshore Profond (COP), SN07M, SN08M et le périmètre des découvertes Yakaar-Teranga.
Le différend pourrait notamment être éclairci par la publication intégrale du décret n°2026-680 et de ses annexes cartographiques définitives, accompagnées des coordonnées géographiques officielles de SN07M et SN08M et de leur comparaison avec celles fixées pour Yakaar-Teranga en 2024.
En attendant cette clarification, deux lectures s’opposent : le ministère affirme que Yakaar-Teranga est SN08M et reste totalement extérieur au protocole Sénégal–Eni ; Alioune Guèye soutient que les textes officiels qu’il cite rattachent géographiquement Yakaar-Teranga à SN07M/COP-1.
La controverse est désormais suffisamment précise pour être tranchée non par les déclarations politiques, mais par les décrets, leurs annexes et les coordonnées géographiques officielles des blocs concernés.


