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Les Sénégalais entre le marteau de Pastef et l’enclume de Kiiraay

Par Pape Modou FALL

Il arrive qu’un changement politique suscite un immense espoir sans apporter immédiatement les réponses attendues. Au Sénégal, la recomposition des rapports entre Pastef et Kiiraay pose désormais une question fondamentale : comment éviter que les rivalités au sommet de l’État ne se transforment en une épreuve supplémentaire pour les citoyens ?

Le débat autour de la loi de finances rectificative de 2026 illustre cette tension. Le 19 octobre, Ousmane Sonko a annoncé que Pastef ne voterait pas le texte en l’état, dénonçant notamment la réduction de certaines dépenses sociales et de l’investissement. De son côté, le gouvernement doit composer avec des contraintes budgétaires et énergétiques importantes. Ces divergences, rapportées par la presse, dépassent le simple désaccord comptable : elles interrogent la cohérence de l’action publique et la capacité des institutions à préserver les priorités nationales.

Entre les exigences du redressement économique, les engagements politiques et les besoins urgents des ménages, les Sénégalais risquent de se retrouver pris entre le marteau et l’enclume. D’un côté, les promesses de transformation et de souveraineté doivent être confrontées aux résultats obtenus. De l’autre, les nouvelles orientations politiques doivent démontrer qu’elles peuvent améliorer concrètement le pouvoir d’achat, l’emploi, les services publics et les perspectives de la jeunesse.

Le véritable enjeu n’est donc pas de savoir quel camp remportera la bataille politique, mais qui assumera la responsabilité des conséquences pour la population. Les querelles de leadership, les affrontements parlementaires et les calculs de positionnement ne sauraient remplacer une politique économique lisible, une gouvernance cohérente et des résultats mesurables. La rupture, quelle que soit la manière dont elle est revendiquée, ne peut durablement se réduire à un changement de discours ou d’acteurs.

Le Sénégal a besoin d’un État qui dépasse les intérêts partisans, d’institutions capables de fonctionner sans paralysie et d’une classe politique qui place les urgences nationales au-dessus des rivalités personnelles. Les citoyens n’ont pas voté pour assister indéfiniment à des batailles de pouvoir. Ils attendent des emplois, des revenus décents, une vie moins chère, des services publics accessibles et une perspective crédible d’avenir.

Au fond, le danger est moins le débat politique lui-même que son incapacité à produire des solutions. Car lorsqu’une population peine à joindre les deux bouts, les querelles au sommet finissent par perdre leur sens à ses yeux. Le Sénégal ne peut pas être l’otage des rivalités politiques. La priorité doit rester la même : gouverner pour les Sénégalais, et non faire gouverner les Sénégalais au rythme des conflits du pouvoir.

Pape Modou FALL
Président du parti RAVIE / DËGG MOO WOOR

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