Les candidats au concours direct d’entrée à la section Magistrature du Centre de formation judiciaire (CFJ) ont planché, lors de la première épreuve écrite d’admissibilité de la session 2026, sur plusieurs sujets de droit privé et de droit public. Parmi les thèmes proposés figurait une question majeure de droit constitutionnel : « Les limites de l’office du juge constitutionnel ».
Une réflexion sur les pouvoirs du juge constitutionnel
Le Centre de formation judiciaire (CFJ) a soumis aux candidats au concours direct d’entrée à la section Magistrature quatre sujets de dissertation à l’occasion de la première épreuve écrite d’admissibilité, organisée le 20 septembre 2026.
Pour cette épreuve d’une durée de quatre heures et affectée d’un coefficient 3, les candidats avaient le choix entre deux sujets de droit privé et deux de droit public.
En droit public, le troisième sujet, intitulé « Les limites de l’office du juge constitutionnel », invitait les candidats à s’interroger sur l’étendue mais également sur les frontières du pouvoir exercé par le juge chargé de veiller au respect de la Constitution.
Le sujet renvoie directement à une problématique centrale de l’État de droit : jusqu’où le juge constitutionnel peut-il aller dans l’interprétation et la protection de la Constitution sans empiéter sur les compétences du législateur, de l’exécutif ou du pouvoir constituant ?
Un juge puissant, mais aux compétences encadrées
Au Sénégal, le Conseil constitutionnel exerce des compétences définies notamment par la Constitution. Il connaît de la constitutionnalité des lois et des engagements internationaux, de certains conflits de compétence entre l’exécutif et le législatif ainsi que des exceptions d’inconstitutionnalité soulevées dans les conditions prévues par les textes. Il intervient également dans le contentieux des élections nationales et des consultations référendaires.
Ses décisions occupent une place particulièrement importante dans l’ordre juridique : elles ne sont susceptibles d’aucune voie de recours et s’imposent aux pouvoirs publics ainsi qu’aux autorités administratives et juridictionnelles.
Cette autorité ne signifie cependant pas que le Conseil constitutionnel dispose d’une compétence sans limites. Son intervention demeure conditionnée par les attributions que lui reconnaissent la Constitution et les textes qui organisent son fonctionnement.
La question sensible de la séparation des pouvoirs
Le sujet proposé aux futurs magistrats permettait également d’aborder la délicate frontière entre contrôle juridictionnel et décision politique.
En contrôlant une loi, le juge constitutionnel peut censurer une disposition adoptée par le Parlement lorsqu’elle méconnaît la Constitution. Mais son rôle n’est pas, en principe, de se substituer au législateur pour apprécier l’opportunité politique d’une mesure.
La même problématique se pose dans l’interprétation de la Constitution. Si le juge doit nécessairement interpréter les dispositions constitutionnelles pour trancher les affaires qui lui sont soumises, cette fonction ne lui confère pas pour autant le pouvoir de réécrire la Constitution.
C’est précisément toute la difficulté de son office : garantir effectivement la suprématie de la Constitution tout en respectant les compétences attribuées aux autres pouvoirs publics.
Trois autres sujets proposés aux candidats
Les candidats pouvaient également choisir, en droit privé, « Le préjudice » ou « Le mineur délinquant ». Le second sujet de droit public portait, quant à lui, sur « La compétence liée de l’administration ».
À travers le sujet consacré au juge constitutionnel, le concours invitait ainsi les candidats à dépasser la simple connaissance des textes pour développer une réflexion sur l’équilibre institutionnel, la séparation des pouvoirs et la place du juge dans la garantie de l’État de droit.


