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PLFR 2026 : Barclays estime le service de la dette à 6 800 milliards, près de 1 000 milliards au-dessus des prévisions de l’État

Le projet de loi de finances rectificative (PLFR) 2026 met en évidence une forte pression sur les finances publiques sénégalaises. Alors que l’État chiffre à 5 801,38 milliards de FCFA le service de la dette, Barclays l’estimerait à 6 800 milliards, selon L’Observateur. Une différence de près de 1 000 milliards qui s’accompagne d’un autre écart sur le déficit budgétaire. Pour l’économiste-statisticien Babacar Gaye, ces divergences traduisent notamment une appréciation plus prudente des recettes que l’État pourrait effectivement mobiliser.

La dette et la crédibilité des prévisions de recettes s’installent au cœur du débat sur le projet de loi de finances rectificative pour 2026.

Dans son édition du mercredi 23 septembre 2026, L’Observateur rapporte que la banque britannique Barclays évalue à 6 800 milliards de FCFA le service de la dette du Sénégal pour l’année. Le montant retenu dans le PLFR s’établit, lui, à 5 801,38 milliards de FCFA.

La différence approche ainsi 1 000 milliards de FCFA.

7,6 % ou 9,2 % : divergence également sur le déficit

Les appréciations divergent aussi sur le niveau du déficit budgétaire. Le gouvernement retient un déficit représentant 7,6 % du produit intérieur brut (PIB), tandis que Barclays l’évaluerait à 9,2 %, selon les informations rapportées par le quotidien.

Interrogé par L’Observateur, l’économiste-statisticien Babacar Gaye explique notamment cet écart par une appréciation différente des recettes susceptibles d’être effectivement mobilisées par l’État.

Autrement dit, la question ne porterait pas seulement sur le niveau des dépenses, mais également sur la capacité de l’État à atteindre ses objectifs de recettes.

Dette : 4 516 milliards de principal et 1 285 milliards d’intérêts

Babacar Gaye insiste toutefois sur une distinction essentielle : le service de la dette ne doit pas être confondu avec les seuls intérêts payés par l’État.

Sur les 5 801,38 milliards de FCFA prévus dans le cadrage budgétaire, 4 516,21 milliards correspondent au remboursement du principal de la dette arrivant à échéance.

Les intérêts et commissions représentent, pour leur part, 1 285,17 milliards de FCFA.

Le montant global du service de la dette ne représente donc pas uniquement le « coût » de l’endettement. Il comprend principalement le remboursement des emprunts arrivés à échéance.

Cette distinction comptable ne fait cependant pas disparaître la pression exercée sur les finances publiques. Selon les chiffres repris par L’Observateur, le remboursement du principal représente à lui seul l’équivalent d’environ 77 % des recettes budgétaires annuelles.

L’État doit ainsi mobiliser d’importantes ressources pour honorer ses échéances tout en continuant à financer son fonctionnement, les politiques sociales et l’investissement public.

Le déficit bondit à 1 735,2 milliards

Le PLFR 2026 acte parallèlement une importante dégradation de plusieurs indicateurs par rapport aux hypothèses initiales.

Le déficit budgétaire passe ainsi de 1 245,1 milliards à 1 735,2 milliards de FCFA, soit une augmentation de 490,1 milliards.

Le ratio de déficit est désormais attendu à 7,6 % du PIB.

Les investissements sont également fortement affectés. Leur enveloppe globale est réduite de 555 milliards de FCFA, alors que les besoins de financement restent particulièrement élevés.

Pour Babacar Gaye, ces corrections permettent de rapprocher certaines hypothèses budgétaires de la situation économique constatée, mais elles ne dissipent pas toutes les interrogations entourant les prévisions de recettes.

Recettes fiscales : une baisse de 8,4 %

L’économiste s’attarde notamment sur la révision des recettes fiscales.

Celles-ci sont désormais arrêtées à 4 931,5 milliards de FCFA, soit une diminution de 453,3 milliards, correspondant à une baisse de 8,4 % par rapport aux prévisions de la loi de finances initiale.

Babacar Gaye relève que cette contraction est nettement supérieure au recul de l’économie en valeur qu’il chiffre à 1,5 %. Selon son analyse, la conjoncture économique ne suffirait donc pas, à elle seule, à expliquer l’ampleur de la correction.

Il met ainsi en question la qualité de certaines hypothèses retenues lors de l’élaboration des prévisions initiales.

Jeux de hasard : de 300 à 120 milliards

Le rendement attendu des mesures concernant les jeux de hasard constitue l’une des révisions les plus importantes.

Les recettes attendues sont ramenées de 300 milliards à 120 milliards de FCFA, soit 180 milliards de moins que prévu initialement.

Cette correction participe à la dégradation des perspectives de recettes et illustre les difficultés rencontrées dans la concrétisation de certaines ressources annoncées dans le cadrage initial.

Les intérêts de la dette augmentent de 94,6 milliards

À ces difficultés s’ajoute le renchérissement du coût du financement.

Les intérêts et commissions liés à la dette passent de 1 190,6 milliards dans la loi de finances initiale à 1 285,2 milliards de FCFA dans le PLFR, soit une augmentation de 94,6 milliards.

Une évolution qui accroît mécaniquement les dépenses consacrées à la dette et réduit les marges budgétaires disponibles pour d’autres priorités, notamment les investissements et les politiques publiques.

Le FMI comme levier pour retrouver des financements ?

Dans ce contexte, Babacar Gaye considère qu’un accord avec le Fonds monétaire international pourrait faciliter l’accès du Sénégal à d’autres sources de financement.

Il souligne toutefois qu’un programme avec l’institution de Bretton Woods ne ferait pas disparaître automatiquement les difficultés liées aux échéances de la dette.

Les décaissements seraient étalés dans le temps et une partie des ressources mobilisées pourrait notamment contribuer au renforcement des réserves de change.

Entre la hausse du déficit, la révision à la baisse des recettes fiscales, le recul de l’investissement et l’augmentation des charges financières, le PLFR 2026 confirme ainsi le resserrement des marges budgétaires de l’État. La divergence entre les chiffres officiels et les estimations attribuées à Barclays ajoute désormais une autre question au débat : celle de la capacité réelle du Sénégal à mobiliser les ressources prévues pour faire face à ses importantes échéances financières.

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