Le Procureur de la République près le Tribunal de grande instance hors classe de Dakar fait le point sur l’enquête concernant les violences politico-judiciaires survenues entre 2021 et 2024, dont certains faits sont susceptibles, selon le parquet, de recevoir la qualification de crimes contre l’humanité.
L’enquête a été ouverte à la suite d’instructions reçues en juillet 2025, puis confiée le 4 août 2025 à la Section de recherches de la Gendarmerie nationale de Dakar.
Selon le communiqué, les premières investigations, menées entre octobre 2025 et septembre 2026, ont permis de recenser provisoirement 76 personnes décédées, dont 41 dans la région de Dakar, ainsi que plus de 200 personnes présentées comme victimes présumées de tortures ou de traitements inhumains, cruels ou dégradants.
Les enquêteurs ont également procédé à l’audition de 166 personnes, constituées de victimes et de témoins. L’exploitation des actes médicaux aurait, selon le parquet, révélé des indices concernant des faits d’assassinat, de meurtre, de persécution et de torture, susceptibles de relever de crimes contre l’humanité.
Les investigations ont jusqu’ici conduit à l’arrestation de cinq personnes : quatre sont soupçonnées d’avoir participé à des actes de torture sur Pape Abdoulaye Touré, tandis qu’une cinquième est mise en cause dans le décès de Mamadou Ndoye, que le parquet présente comme ayant été volontairement percuté à Bargny par un véhicule de police. Une cinquième arrestation dans le volet Pape Abdoulaye Touré avait par ailleurs été rapportée ce 2 octobre.
Le 23 septembre 2026, les personnes visées ont été inculpées, notamment pour crime contre l’humanité, torture et meurtre. Deux ont été placées sous mandat de dépôt, tandis que les autres ont été placées sous contrôle judiciaire ou assignées à résidence avec surveillance électronique. Le parquet, qui avait demandé leur placement en détention, a interjeté appel le 28 septembre contre cette décision.
Enfin, le Procureur indique que l’enquête se poursuit : commissions rogatoires, délégations judiciaires et autres actes d’instruction doivent permettre d’établir les responsabilités. Il prévient surtout que d’autres procédures judiciaires pourront être ouvertes, en fonction des différents niveaux de responsabilité qui seront révélés par l’enquête et l’instruction.
À retenir : 76 morts recensés provisoirement, plus de 200 victimes présumées de torture ou mauvais traitements, 166 personnes entendues et cinq personnes mises en cause à ce stade, selon le communiqué du parquet.


